10.03.2006
Salsa Rumba Magazine septembre 2003
C’est à l’occasion du 3ème congrès de salsa de Paris, que nous avons rencontré la pétillante Aimeline, une jeune DJ parisienne, qui nous parle ici de sa passion pour la musique latine et son métier de DJ.

SRM : Bonsoir Aimeline, c’est un plaisir de t’interviewer. Je voudrais profiter de cette entrevue pour te présenter à nos lecteurs.
A : Bonsoir Octavio, j’ai 28 ans, je suis française et DJ salsa depuis maintenant presque 3 ans. Je suis résidente à la Pachanga les mardis, je fais aussi les animations des soirées événementielles avec Empresas Polanco, avec Catou, David Lartist et avec toi aussi Octavio pour le festival à la Loco. Et puis j’ai la chance de travailler dans des congrès de salsa, des festivals à l’étranger.
SRM : Raconte nous ton parcours, comment est née ta passion pour la salsa.
A : Je me souviens qu’à la suite d’un long séjour à Madrid en 1995, je me suis branchée sur Radio Latina pour écouter de la pop espagnole. J’ai découvert la salsa, les soirées concerts des Etoiles… j’adorais l’ambiance. Puis j’ai découvert la Java, la Coupole… et je suis partie 2 semaines à Cuba… la révélation ! En rentrant, j’ai commencé à prendre des cours de danse (petit clin d’œil à mon 1er prof Rogelio Martinez).
Après des mois de cours, je me suis mise à acheter des CDs, à m’intéresser beaucoup plus à la musique qu’à la danse. Et puis un jour, un ami « Alf » DJ et prof, m’a suggéré d’aller plus loin et de passer derrière les platines. L’idée me plaisait beaucoup mais je n’étais pas encore prête... Un an plus tard je lui demandais de me parrainer comme DJ et j’ai donc commencé sur les platines du BoerII avec lui. Quel trac, quelle poussée d’adrénaline !
Au début mes motivations étaient de proposer une programmation musicale un peu différente, plus Mambo, plus jazzy mais également de représenter un peu plus les femmes qui sont peu nombreuses dans ce milieu ! Ce métier n’est pas réservé aux hommes (rires). Nous avons une sensibilité à la musique différente et puis une femme derrière les platines, c’est agréable à regarder non ? (rires)
Aujourd’hui c’est un besoin pour moi de faire danser les gens, leur faire plaisir, leur faire découvrir mes morceaux favoris.
SRM : Je vois que depuis le peu temps que tu travailles en tant que DJ tu voyages un peu partout en France et en Europe. Peux-tu me donner une idée de ce qui se passe au niveau de la salsa et dans le milieu des DJs?
A : ça fait un an et demi que j’ai laissé mon ancien job de consultante pour me consacrer à ce métier : faire danser les gens. Effectivement mon ascension a été rapide. J’y consacre toute mon énergie, beaucoup de temps, d’écoute musicale et de prospection. Et puis je pense que ma personnalité, le fait que je sois une femme, que j’avais déjà des contacts à l’étranger m’ont beaucoup aidé. Cette année écoulée m’a permis de me présenter sur les scènes de Marseille, Carcassone, Toulouse, Zurich, Hambourg, Bruxelles, Oslo, Londres, Leeds, Barcelone, Berlin, la Sicile … et les projets à venir sont très motivants !
Actuellement il y a un essor fantastique de la salsa en Europe et dans tous les pays du monde, même les plus reculés, de l’Orient à l’Asie on danse la salsa. Chaque voyage me permet de rencontrer de nouveaux salseros, et DJs, c’est une expérience riche en rencontres et en émotions. Avec mes collègues, les relations sont très respectueuses et souvent amicales, nous sommes régulièrement en contact.
SRM : Comment conçois-tu la culture latine ?
A : Je ne suis pas sud-américaine, ni portoricaine, ni même cubaine (rires). Mais je m’intéresse et j’apprends petit à petit dans les bouquins, sur Internet, en discutant avec des latinos, en allant aux concerts et bien entendu en achetant des CDs et en lisant les livrets. Mais je ne prétends surtout pas être plus latine que les latines. J’essaye de faire de mon mieux pour progresser.
SRM : Sur les flyers je vois DJ Aimeline, Salsa Portoricaine et Latin jazz, c’est ta préférence musicale ?
A : Tout d’abord c’est très français de coller des étiquettes aux gens (rire)…, ce qui n’enlève en rien mes préférences pour ces musiques. Cependant cette étiquette est bien trop réductrice car j’aime aussi la salsa colombienne, vénézuélienne, africaine, la musique cubaine.
SRM : Lorsque tu travailles tu utilises des originaux ou des copies ?
A : Je transporte à chaque fois mes cd originaux...piufff c’est lourd ! D’ailleurs chaque fois que je dois prendre l’avion ou le train je fais des cauchemars…imagine que si on me vole mes petits, je serai la plus malheureuse.
SRM : Donne moi le titre de cinq chansons et leurs caractéristiques que tu passes en soirée.
A : J’essaye de varier au maximum dans mes soirées et de ne pas passer les mêmes chansons d’une soirée à l’autre. Je ne peux pas faire des séries d’une heure de Porto Rico. J’essaye systématiquement de mettre un boogaloo des années 70 du spanish Harlem, une salsa colombienne, une vieille salsa portoricaine des années 70, un bon morceau bien cubain, un Latin Jazz planant, un Mambo bien instrumental, un merengue, une bachata, un chacha et surtout un bolero pour finir (essentiel) !!!
Mon 1er critère de choix quand je fais ma programmation c’est de penser au danseur, j’aime qu’un morceau ait de la puissance instrumentale ou vocale. Mais cinq chansons d’affilée je ne peux pas te les donner si c’est des titres que tu veux. Ça change tout le temps selon mon humeur, selon le Dance floor.
SRM : Que penses-tu du public français et du public européen ?
A : un danseur de salsa qu’on le rencontre en France, en Angleterre ou en Italie c’est quelqu’un qui vient principalement pour danser la salsa. C’est un public vraiment très particulier. Mais il y a aussi des gens qui viennent parce qu’ils aiment la musique, qui dansent comme ça pour leur plaisir, pour rencontrer des amis. C’est vrai que l’ambiance n’est pas toujours festive, c’est ce que je déplore en ce moment à Paris. J’aimerais qu’il y ait plus de folies, de fantaisies dans nos soirées. Je souhaiterai également que les danseurs aient davantage le sens du partage, la générosité, le corps et l’esprit au service de la fête !
SRM : tu crois que les écoles de salsa ont tort de ne pas proposer aux élèves la connaissance de la culture latine. Car par exemple, les élèves des écoles ne vont pas aux concerts, ils préfèrent danser avec des DJs.
A : Je pense que chacun a sa part de responsabilité. Les DJs pourraient prendre le micro et annoncer ça c’est un morceau del Gran Combo et ne pas tomber dans les chansons les plus commerciales systématiquement. Les organisateurs de concerts ont également leur part de responsabilité, le public n’est pas toujours bien informé des concerts. Les orchestres aussi, s’ils avaient un répertoire un peu plus adapté au public des danseurs, avec des morceaux de salsa en français pour que les gens se sentent concernés, des morceaux qui ne soient pas très longs pour que les danseurs puissent s’amuser. Les danseurs aussi ont leurs travers, ils dansent parfois la salsa comme ils pratiqueraient un sport, s’attachant démesurément à la technique, sans chercher à s’imprégner de la musique, de la culture. Venez me voir à la cabine si vous aimez un morceau, je vous donnerai les références avec grand plaisir contre un petit sourire !
SRM : Y a t’il des musiciens ou des styles que tu préfères écouter?
A : si je dois choisir un artiste… je crois que je citerai Tito Puente « El Rey del Timbal ». Il a joué tous les styles (boogaloo, cha cha, pachanga, mambo, latin jazz, salsa et boléro). C’est donc sa discographie que j’emporterai avec moi sur une île déserte.
SRM : Aimeline merci beaucoup. Pour finir quelques mots pour les lecteurs de Salsa Rumba Magazine
A : vivement le prochain anniversaire et donc encore 12 magazines avec des interviews, des dossiers, des photos et des centaines de fiestas !!! Merci Octavio
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